Frédéric VITOUX

Frédéric Vitoux est né à Vitry-aux-Loges.  Titulaire d’un doctorat de 3ème cycle de Littérature Française, il rédige une thèse consacrée à Louis-Ferdinand Céline qui paraît en 1973 dans la collection « Les Essais », sous le titre Louis-Ferdinand Céline, Misère et parole. La même année paraît chez Gallimard son premier roman Cartes postales. A partir de 1966, il collabore à de nombreuses publications, dont  le Nouvel Observateur comme critique littéraire et cinématographique puis chroniqueur littéraire spécialisé dans le domaine étranger. Hommes de lettre, il  connait bien le monde de l’édition pour avoir travaillé comme conseiller littéraire aux éditions Stock puis au comité de lecture des éditions Calmann-Lévy. Depuis 1973, Frédéric Vitoux a publié régulièrement des romans, en particulier Sérénissime (1990), prix Valery-Larbaud, Charles et Camille (1992), Grand prix du roman de la Ville de Paris, ou La Comédie de Terracina (1994), Grand prix du roman de l’Académie française, et Grand Hôtel Nelson (2010) . En janvier 2015 paraît Les Désengagés aux éditions Fayard. Officier de l’ordre des Arts et des Lettres, il est élu à l’Académie française le 13 décembre 2001, au fauteuil de Jacques Laurent (15ème fauteuil).

La nouvelle

Le masque et le dinausore

Frédéric VITOUX Sofitel New York

Sans prêter la moindre attention l’un à l’autre, l’homme et la femme s’approchèrent de la vitrine où s’empoussiérait un masque indien de la tribu kwakiutl, en bois décoré de motifs géométriques ocre, noirs et blancs, au nez crochu comme le bec d’un rapace, surmonté de deux cornes qui avaient aussi la forme d’oiseaux de proie. Ses yeux étaient composés de cylindres de bois, peints sur leur section de cercles concentriques ; ils semblaient jaillir du visage. Sur le masque pesait cette forme de tristesse exorbitée propre aux magiciens qui ont perdu leurs pouvoirs, que plus personne désormais ne comprendra ni ne redoutera. Pourtant, dans la salle de l’ American Museum of Natural History consacrée aux tribus indiennes de la côte nord du Pacifique où peu de visiteurs s’attardaient car elle était pour partie fermée, envahie de bâches et d’échafaudages, il était parvenu à les attirer tous les deux et, mieux encore, à leur jeter un sort. Quand ils se penchèrent…

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Nous n'irons pas aux îles du Rosaire

Frédéric VITOUX Sofitel Santa Clara Carthagène

Hélène et Robert descendirent pour diner dans la galerie de l’hôtel, que bordaient des arches de pierres en plein cintre. Sous les projecteurs, au centre de l’ancien cloître, jaillissait ce qui leur sembla être une dense forêt tropicale, avec ses palmiers géants, ses palmiers de Manille, plus graciles, ses hibiscus, ses frangipaniers et bien d’autres espèces végétales qu’ils auraient été incapables de nommer. Une femme noire et opulente, une géante, y était allongée sur un tapis de fougères, nue et tenant un fruit devant elle. Cette apparition, ils pouvaient en revanche la nommer : il s’agissait d’un bronze de Fernando Botero. L’air était saturé de cris brefs, à deux tons, émis par des oiseaux invisibles. Non, il ne s’agissait pas d’oiseaux, apprirent-ils peu après, mais de grenouilles d’un centimètre et demi de long, qui s’enfouissaient le jour dans la terre et émergeaient le soir pour pousser leurs cris démesurés. On les appelait des coquis. Va pour les coquis ! Les coquis les…

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