Olivier WEBER

Olivier Weber, écrivain-voyageur et grand reporter, a été journaliste aux Etats-Unis puis correspondant de guerre en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient pour The Sunday Times, The Guardian, Libération et Le Point. Ecrivain engagé, il a été nommé ambassadeur itinérant, chargé de la traite des humains. Lauréat du Prix Joseph Kessel, du Prix Albert Londres, du Prix de l’Aventure et du Prix Amerigo Vespucci pour ses livres et ses reportages, Olivier Weber, qui a séjourné avec une quinzaine de mouvements de guérillas, a défendu la résistance du Sud-Soudan, participé aux opérations de sauvetage des boat people en Mer de Chine et soutenu les moudjahiddin afghans durant la guerre contre l’armée soviétique puis contre les talibans, côtoyant ainsi le commandant Massoud. Il a notamment publié Le Barbaresque, J’aurai de l’or, adapté au cinéma avec La Fièvre de l’or, Le Faucon afghan, et La Mort blanche. Ses récits de voyage et romans ont été traduits en une dizaine de langues.

La nouvelle

Le lézard qui pleure

Olivier WEBER Sofitel Santa Clara Carthagène

Au commencement était la bouteille. En principe, cela finit souvent comme ça, avec un verre ou davantage dans le gosier, mais là il s’agit du début, il s’agit vraiment du commencement. La mer était chamboulée, les vagues un peu rebelles, et le rivage de Carthagène se chargeait d’embruns qui fouettaient les rares badauds alors que le soleil tombait littéralement d’un puits creusé dans le noir des nuages tropicaux. J’avais décidé d’aller jeter un œil contre vents et marées, surtout contre les vents, sur la petite langue de terre au-delà de la forteresse des Espagnols. Les remparts sont d’éternels lieux de passage. Les portes ouvrant sur la mer vous donnent l’espoir des confins. Les amoureux ne s’y trompent pas, qui s’engouffrent entre les parois autant pour se cacher que pour rêver le grand large. Et là, suivi par Katarina en sandales de cuir abîmé, devant une petite guérite de pierres arrondies destinées à protéger jadis la côte de l’Eldorado, j’aperçus ce…

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Le marcheur du Danube

Olivier WEBER Sofitel Budapest Chain Bridge

Il faudrait toujours se méfier des vrais-faux cafés. Aristide était arrivé depuis quatre jours à Budapest et trouvait le temps long. Il n’était certes pas de contact facile, fuyait les mondanités, boudait les quelques invitations reçues à son hôtel, face au Pont de Chaîne. Aristide était un être qui se définissait comme « moyen », c’est-à-dire comme tout le monde, c’est-à-dire comme personne, et il avait choisi Budapest en tant que ville de la Mitteleuropa afin de se fabriquer un milieu à lui aussi. En fait, s’il détestait les mondanités, c’est qu’il en avait trop subies, trop concoctées. Célibataire de trente-cinq ans, marchand d’art épisodique qui hésitait sans cesse entre la tenue d’un détective privé, le costume d’un représentant de commerce et l’uniforme du négociant en tableaux aisé, il s‘estimait trop jeune pour convoler en justes noces, trop vieux pour séduire. C’était un homme moyen d’âge moyen dans une Europe moyenne. Il portait un bouc aux poils de longueur moyenne…

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