Zoom sur

La mort atroce de Victor Hugo

Par Patrick POIVRE D’ARVOR Sofitel Winter Palace Luxor

Delphine de Girardin trônait en majesté. Autour d’elle les hommes s’éventaient ou s’épongeaient le front. Leur col cassé les empêchait de respirer à leur aise dans cette chaleur étouffante de la Haute-Égypte en mai. Mais comme chacun cherchait à plaire à la belle hôtesse, nul n’osa desserrer la cravate. D’autant qu’elle ne semblait pas souffrir elle-même de la canicule. Pas une goutte de sueur, pas un mouvement d’éventail. Elle souriait, droite en sa robe de taffetas et d’organdi, elle souriait en posant longuement son regard sur chacun de ces mâles qui la dévoraient des yeux et s’efforçaient, malgré la touffeur, d’alimenter une conversation languissante.

Le plus disert de tous était un égyptologue délicieux (délicieux en tout cas pour tous ceux dont il ne disait pas de mal, à savoir la poignée d’invités qui, sitôt quittés, retrouvaient le sort commun des têtes de Turc de François Tinville).
– Figurez-vous que, ce matin, j’ai reçu sur ce bateau un message de la baronne des Roches, notre doyenne et notre déesse à tous en matière d’archéologie. Elle m’y parlait de notre collègue d’Angles qui se remet lentement de sa chute de cheval.

« C’est bien vrai, me demandait-elle, il va s’en sortir ? Grands dieux, il va donc maintenant falloir que je tienne ! » Elle le hait.

L’assistance s’esclaffa, plutôt discrètement vu la chaleur écrasante, et Tinville reprit :

-À ce propos, vous connaissez l’histoire de ma grand-tante de Saintonge qui, au seuil de la mort, disait encore…

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