Zoom sur

Nous n’irons pas aux îles du Rosaire

Par Frédéric VITOUX Sofitel Santa Clara Carthagène

Hélène et Robert descendirent pour diner dans la galerie de l’hôtel, que bordaient des arches de pierres en plein cintre. Sous les projecteurs, au centre de l’ancien cloître, jaillissait ce qui leur sembla être une dense forêt tropicale, avec ses palmiers géants, ses palmiers de Manille, plus graciles, ses hibiscus, ses frangipaniers et bien d’autres espèces végétales qu’ils auraient été incapables de nommer. Une femme noire et opulente, une géante, y était allongée sur un tapis de fougères, nue et tenant un fruit devant elle. Cette apparition, ils pouvaient en revanche la nommer : il s’agissait d’un bronze de Fernando Botero.

L’air était saturé de cris brefs, à deux tons, émis par des oiseaux invisibles.

Non, il ne s’agissait pas d’oiseaux, apprirent-ils peu après, mais de grenouilles d’un centimètre et demi de long, qui s’enfouissaient le jour dans la terre et émergeaient le soir pour pousser leurs cris démesurés. On les appelait des coquis.

Va pour les coquis ! Les coquis les enchantèrent et leur semblèrent aussi mélodieux que les cigales de Provence qui font vibrer la chaleur de l’été, et qu’on ne voit jamais non plus.

A la table voisine s’installa un couple d’Américains. Elle, âgée d’une quarantaine d’années, les cheveux courts, auburn ; lui, un peu plus âgé, les cheveux qui commençaient à grisonner – et ils semblaient avoir autant d’assurance l’un que l’autre.

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