Zoom sur

Souviens-toi du désert

Par Patrick DE CAROLIS Sofitel Dubai Jumeirah Beach

« Waled, tu es mon ainé, j’ai en toi une confiance absolue mais comment pourrais-je exaucer ton souhait ? Ta mère, tes frères et sœurs ont à peine de quoi se nourrir… »

L’enfant entoura d’un geste compulsif la bête mourante à ses pieds. Son père leva la main. Le fils crut qu’il serait frappé et se recroquevilla sur lui-même.

« Mon fils, crois-tu vraiment que je te ferais du mal ? Cette main ne m’a pas été donnée pour te punir mais pour t’aider à grandir. Si je dois m’opposer à toi c’est pour ton bien. Ne m’oblige pas à sévir. Le peu de viande que nous pourrons retirer de cet animal sera toujours un peu de réconfort pour les tiens. Depuis des semaines nous sommes obligés de nous contenter de lait de chamelle et de racines. Pense à eux. »

Le jeune garçon baissa la tête, honteux de ses pleurs enfantins. Son père avait raison, il devait se comporter comme un homme. Du haut de ses sept ans, il comprenait la portée des paroles; le désert n’était pas fait pour les faibles. Il le savait. Le climat était trop rude, l’existence trop exigeante pour s’apitoyer sur son sort. Ces deniers mois avaient été particulièrement hostiles. La violence des tempêtes de sable, la chaleur accablante qui perdurait depuis des mois avaient épuisé les forces des anciens.

L’eau manquait, la nourriture aussi. Les wadis étaient asséchés et les oasis surpeuplés en ces temps de disette. Sans la solidarité de la tribu, ils auraient difficilement survécu. La traversée du

2 / 9