Zoom sur

Week-End en amoureux

Par Delphine DE VIGAN Sofitel Marseille Vieux Port

Mad entra dans le hall de l’hôtel, la tête haute, feignant d’ignorer les couinements et sifflements aigus de sa valise, bringuebalante sur ses roulettes de plastique. Plusieurs clients, installés dans les fauteuils en cuir blanc du lounge, se retournèrent. Le visage de Mad s’empourpra. À ses côtés, Pierre fit mine de ne rien remarquer. Mad se promit, si par miracle elle passait le cap du week-end en amoureux, d’acheter dès son retour un nouveau bagage, de préférence dans un autre magasin que Tout pour rien.

Mad regarda autour d’elle. À travers les baies vitrées, dans cette lumière de fin de journée, la vue sur le port était stupéfiante. Ils se dirigèrent vers la réception où ils furent accueillis avec courtoisie. Une jeune femme leur indiqua les différents étages où ils pourraient découvrir le Spa, la piscine extérieure ou encore le restaurant gastronomique, puis tendit à Pierre la carte magnétique qui permettait d’entrer dans la chambre. Un bagagiste s’empara de la valise de Mad, laquelle émit un ultime grincement, puis les accompagna jusqu’à leur chambre. La moquette sombre, les lourds rideaux, le design du mobilier, l’immensité du lit, tout conférait à ce lieu une dimension d’exception. Mad s’allongea les bras en croix, tandis que Pierre, en habitué, prenait possession de l’espace. Elle ferma les yeux. Le luxe, depuis toujours, l’intimidait. Pierre ne tarda pas à la rejoindre et entreprit de la déshabiller. Mad sentit les mains de Pierre sur ses seins et oublia tout le reste.

 

Mad et Pierre s’étaient rencontrés quelques semaines plus tôt. Le scénario lui avait semblé sans surprise : premier verre, premier dîner, première nuit. Pourtant, Pierre, plus que tout autre, lui plaisait. Énormément. Et sans doute plaisait-elle à Pierre, car, très vite, il avait évoqué le désir d’un moment à part, rien qu’avec elle, d’un week-end à deux. Il lui avait laissé le choix de la destination.
Mad avait répondu sans hésiter. Marseille plutôt que Malte, Marrakech ou Marbella. Marseille parce qu’elle n’y était jamais venue. Marseille, avait-elle pensé, échappait au cliché. Elle savait la ville multiple et contrastée, douce et violente, et qu’elle ne ressemblait à aucune autre. Et pour une raison confuse, il lui semblait que Marseille serait son alliée.
Pierre avait pris les billets puis réservé une chambre avec terrasse au Sofitel Vieux Port, en hommage à Izzo, avait-il précisé, lequel avait écrit que c’était le seul endroit d’où l’on pouvait voir Marseille de face. Pierre ne faisait pas les choses à moitié. Dans la semaine qui avait précédé, Mad avait testé toutes sortes de masques lumineux-régénérants-réparateurs-hydratants au pissenlit ou au miel d’acacia, pris des bains parfumés et nourri ses cheveux. La veille du départ, elle avait passé la soirée à choisir ses plus belles tenues et réuni une dizaine de paires de
chaussures.

 
Maintenant ils étaient là, dans cette chambre spacieuse aux éclairages aquatiques, ensemble pour tout un week-end. Ils venaient de faire l’amour, Mad allait prendre une douche aux jets multiples, s’enduire du lait pour le corps à l’eau d’orange verte découvert parmi les produits de la salle de bains, puis ils iraient au restaurant, puis ils feraient de nouveau l’amour, puis ils longeraient la mer à pied… Un long week-end de deux jours. Un long week-end où elle allait devoir être à la hauteur de Pierre, à la hauteur de l’hôtel, à la hauteur de Marseille.

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